La Face Cachée du Programme de Jean-Loup Metton ou tout ce que le Maire sortant ne veut pas que vous sachiez (Partie II)

Publié le par Nicolas Gatineau

Mais l’école primaire aussitôt enterrée semble renaître un instant de ses cendres comme une utopie inaccessible : « -Si besoin est, la construction d’une nouvelle école primaire proche de cette école maternelle »

            Autrement dit : « Ptêt ben qu’si y fait beau, ptêt ben qu’si le vent est bon, ptêt ben que si les Montrougiens continuent de se reproduire comme ils le font depuis 2000, ptêt ben que si j’peux point faire autrement, ptêt ben que je construirai une école enfin… si j’ai gardé le terrain qu’il faut pour et si j’ai réussi à mettre de l’eau dans la piscine. »

 

            Alors, attention : baissez la lumière, lisez bien la phrase si dessous, méditez là et écoutez la bande son de la vidéo ci-dessous et vous aurez une idée de ce qu’il va advenir de cette école dont le besoin se fait sentir ici et maintenant d’ici 2014 si Monsieur Metton rempile pour un nouveau mandat :

« -Si besoin est, la construction d’une nouvelle école primaire proche de cette école maternelle »

 

 

Pour le reste de son programme pour la jeunesse et l’éducation, ses actes passés parleront suffisamment aux jeunes Montrougiens pour qu’ils sachent qu’ils ne pourront pas compter sur lui pour améliorer leur sort ni celui de leurs petits frères et petites sœurs.

 

IV/ Petite enfance :

 

            Dans le bilan du Maire sortant, nous ne retiendrons qu’une seule chose : les 60 places achetées dans des crèches d’entreprises. Dans un de ses tracts, il dit à juste titre que ces crèches pratiquent des horaires aménagés. C’est nettement insuffisant au regard des besoins.

 

            Les propositions du Maire sortant semblent pourtant aller dans le bon sens mais elles ne répondent pas à la question de la transparence dans l’attribution des places ni à la satisfaction des besoins des touts petits Montrougiens. Le programme proposé par Wilfrid Vincent et son équipe est beaucoup plus ambitieux dans ce domaine.

 

V/ Solidarité, Convivialité :

 

            Qui peut être contre la solidarité et la convivialité ?

 

            Au niveau de son bilan, Monsieur Metton présente dans un même paquet (en marketing on dirait « package ») les actions (utiles et nécessaires) à destinations des personnes âgées mais aussi la reconstruction des ateliers municipaux et la construction du nouveau Centre Administratif dont on se demande ce qu’ils viennent faire dans cette rubrique. En effet, je n’ai pas vu qu’on organise des bals populaires ou des banquets au Centre Administratif pas plus que je n’ai vu de distribution de soupes à destination des SDF dans les Ateliers Municipaux.

            En parlant de SDF, le grand esprit de solidarité de Jean-Loup Metton le pousse depuis des années à pousser le SAMU Social de Paris situé sur l’avenue Pierre Brossolette dans une sorte d’enclave dans la ZAC des Portes de Montrouge (vous savez, celle qui est près de la Porte de Châtillon pour savoir où on est) arguant du fait que ces SDF sont parisiens alors que par définition, un SDF peut venir de n’importe où. Oui, ce n’est pas très agréable d’avoir des SDF à sa porte. Mais bon, il est encore plus inacceptable qu’il y’en ait. Et là, soyons humbles deux secondes : ni la droite, ni la gauche n’ont encore su éradiquer la pauvreté. Alors, le moins qu’on puisse faire, c’est de se souvenir du troisième mot souvent oublié de notre devise nationale –Fraternité- et de les aider du mieux que nous pouvons en étant conscient que nous, Montrougiens sommes part intégrante d’une communauté plus grande que Montrouge : la République Française.

            Les mesures proposées par le Maire sortant à destination des personnes âgées et handicapées sont utiles et nécessaires mais envers les accidentés de la vie, les victimes de la perte d’emploi, rien. Si vous êtes au chômage et que votre travail huit heures par jour est de chercher du travail vous en savez quelque chose : Vos enfants n’ont pas accès aux cantines scolaire.

           

VI/ Culture :

 

            Etant moi-même un acteur du monde culturel, je ne ferai que trois remarques.

 

            La première est que Montrouge a de vrais atouts au niveau culturel mais qu’elle ne les met pas assez en valeur. Ainsi, le Salon d’Art Contemporain de Montrouge est t’il un rendez-vous prisé par les plus grands artistes actuels (et je parle au niveau mondial) et par les amateurs d’art mais pas du grand public et paradoxalement peu des Montrougiens. Regardez le MOCMA à Vitry. Des jeunes de la ville y vont ; des gens de la région y vont ; des gens de la France entière y vont. Pourquoi… ? Parce que le Département du Val de Marne en a fait correctement la promotion.

Monsieur Metton parle d’exporter cet évènement majeur. Ce Salon est à l’Art moderne ce que Cannes est au Cinéma mais il bénéficie d’une communication digne de la Foire au Boudin de Mortagne-au-Perche (avec tout le respect du à cet évènement). Songez, un seul passage sur une chaîne nationale (« L’Assiette Anglaise » Antenne 2) en 30 ans d’existence !

Avant d’exporter cet évènement majeur, il faudrait d’abord le faire connaître en en parlant à la radio, dans la presse, à la télévision, faire venir des visiteurs, faire des partenariats avec des hôtels, des agences de voyage… Il faudrait aussi y faire participer les Montrougiens en faisant de cet évènement une sorte de festival convivial de l’Art contemporain.

 

            La seconde porte sur le « Centre de Culture et de Congrès ». Si pour un centre culturel destiné à une ville comme la notre, une jauge à 730 places est très correcte, pour un centre de congrès, c’est trop petit. En effet seules les grandes entreprises organisent des congrès. Je ne travaille pas sur la commune mais si on devait réunir en même temps tous les salariés qui travaillent sur mon site, il faudrait 900 places. La salle du Théâtre sera donc trop grande pour servir de salle de réunion pour la « feuille de route » d’une PME mais trop petite pour une grande entreprise. Cet équipement risque donc fortement de très peu servir à des Congrès. Il est donc inutile et couteux de l’équiper à cet effet. Ca évitera de gaspiller l’argent du contribuable montrougien.

 

            La troisième est que la programmation souvent de bonne qualité concerne très peu les jeunes. Une plus grande part de la programmation devrait leur être consacrée. Oui aux Ballets Ukrainiens, oui à l’Opérette, oui à la musique de la Police Nationale, mais oui aussi au R&B, au Rap au rock et au slam !

 

VII/ Le Sport :

 

            Côté Bilan, le Maire sortant commence par nous mettre en avant plusieurs réalisations comme la construction d’un terrain polyvalent sur un terrain privé, celui du CAM (tiens… ?), le chantier de la piscine « qui touche à sa fin »… qui touche le fonds oui ! Enfin j’arrête ici sur la piscine car je ne veux pas donner l’impression de tirer sur une ambulance.

Puis Monsieur Metton nous annonce la poursuite du programme de rénovation des gymnases (Maurice Arnoux, Piscine)… Bon, puisqu’il insiste… J'en remets une couche.

Voici où en est la piscine :

 09022008-PISCINE.jpg

 











Mais quel est ce panneau à droite ? :

P1000307.JPG

 

 

 

C’est le panneau qui annonce la nature des travaux avec leur date de début et leur date de fin. Avez-vous remarqué la présence d’un ruban adhésif blanc en dessous de la date de début des travaux ?







Approchons nous plus près :

P1000305.JPG

 

 





Oui, ce ruban sert à cacher au passant le fait que ces travaux devaient être achevés en octobre 2006. Sur la partie arrachée du panneau il était écrit qu’il y’aurait deux périodes de fermeture de trois mois et une période de fermeture d’un an soit total cumulé, un an et demi. Il n’aura pas échappé à votre attention que nous sommes en mars 2008. La piscine étant fermée depuis fin juin 2005, cela fait presque 3 ans de fermeture alors qu’elle aurait du être fermée un an et demi. Le temps des travaux a été multiplié par deux et la fin des travaux souffre d’un retard d’un an et quatre mois. Songez à cela, l’homme qui accuse ses principaux concurrents d’erreurs ou de mensonges est le même qui cache la vérité avec un morceau de ruban adhésif blanc ! Malheureusement pour lui, le ruban a déteint. La vérité cachée finit toujours par refaire surface.

 

Passons aux projets :

 

-La Construction d’une tribune au Stade Jean Lézer : Si par négligence, Monsieur Metton n’avait loupé une subvention du Conseil Régional, il y’a longtemps que ce serait fait et les équipes de foot de Montrouge pourraient recevoir les supporters des équipes invitées dans des conditions dignes.

-La construction d’un gymnase dans le quartier est de Montrouge : encore un serpent de mer sauf que lui n’est pas aussi mobile que l’école

-Un gymnase au collège du Haut-Mesnil par le Conseil Général : C’est le Département, pas la Ville… Il faut en parler aux cantonales dans deux ans, pas aux municipales

-Un gymnase au Lycée Jean Monnet par le Conseil Régional : Merci Jean-Paul Huchon, Président de Région (PS) pas Jean-Loup Metton !

-Installation de défibrillateurs dans les stades et sur la voie publique : On est prié d’avoir le bon goût de faire son infarctus du myocarde au pied du défibrillateur ! Plus sérieusement, si chacun était formé aux gestes qui sauvent, ce serait plus efficace.

 

VIII/ Emploi et développement économique :

 

            Des thèses entières pourraient être écrites sur le néo-libéralisme. La gestion du domaine économique par le Maire sortant en est un exemple patent. Il déclare souvent en différents lieu que c’est le marché qui commande et qu’il ne choisi pas l’arrivée ou le départ de nouvelles entreprises.

 

            Il nous dit : « Nous avons réalisé l’arrivée de nouvelles entreprises (Sanofi, Cadbury, Altadis etc.) » Jusqu’à preuve du contraire, ce sont les entreprises qui choisissent de s’implanter quelque part. Une Ville peut juste créer des conditions favorables à l’implantation. Ce que Jean-Loup Metton ne dit pas, c’est le départ de Schlumberger, d’Orange, de Thalès et maintenant d’Areva.

 

            Monsieur Metton nous dit aussi : « Nous avons réalisé l’implantation ou la réinstallation de 40 commerces. ». Et les pieds d’immeubles désespérément vides et ces vitrines murées avenue Henri Ginoux, avenue de la République, place Jean Jaurès et ces commerçants qui nous disent que parce que les clients ne peuvent pas s’arrêter ou se garer leurs commerces ne marchent pas bien, les Montrougiens les rêvent t’ils ? Combien de commerces ont t’ils faits faillite parce que les baux commerciaux sont trop chers dans les immeubles de haut standing construits en masse depuis 14 ans au détriment de l’identité même de la Montrouge ? Nul ne le sait mais une réponse que nous pouvons donner est beaucoup, beaucoup trop !

 

            Au niveau projets, le Maire sortant veut « installer » de nouvelles entreprises. Les grandes entreprises, c’est bien mais quand l’une d’entre elle part, c’est une catastrophe pour l’économie locale. Sans rien avoir contre la présence de grands sièges sociaux, on aurait pu favoriser davantage les PME et l’artisanat, c'est-à-dire là où est la force économique de la France. Si Ségolène Royal insistait tant lors de sa campagne présidentielle sur les PME c’est précisément pour cette raison. S’il n’y a que six ou sept grandes entreprises dans une ville, si elles partent toutes, la taxe professionnelle ne rentre plus et ce sont les habitants qui trinquent au niveau fiscal. Oui, la revue « Challenges » donnent trois étoiles à Montrouge pour sa gestion vu que le taux d’endettement de la dette est très bas mais c’est oublier que comme les PME et les commerçants sont fragilisés sur notre commune par une politique favorisant la spéculation immobilière une épée de Damoclès est suspendue au dessus de nos têtes et au dessus de celle de nos enfants.

            Pour tenter de corriger les effets de sa politique favorisant la spéculation immobilière, Jean-Loup Metton a déjà commencé à faire racheter par la ville des pieds d’immeubles vide… au frais du contribuable qui paye aussi des loyers ou des crédits élevés conséquences directes de sa politique.

            La dernière proposition est à hurler de rire : la reconstruction du marché avenue de la Marne (vous savez, le truc qui ressemble à un élevage de poulets en batteries) dans le bâtiment prévu pour le nouveau commissariat.

            On peut imaginer la scène suivante :

-Le Commissaire : Où tu l’as caché l’argent. Allez, dis le moi, si tu parles, tu sors dans 2 ans ; un an avec les remises de peine. Si tu craches pas le morceau, t’en prends pour dix piges.

-Dédé la Bricole : Ben M’sieur le Commissaire, je vais tout vous dire…

-La marchande de légumes : Elle est belle ma salade, elle est belle, 3 euro 20 la laitue, 3 euro 10 la frisée.

-Le poissonnier : Il est frais mon poisson, il est frais !

Pour peu qu’il y’ait un volailler qui se mette à crier : « Il est bien cuit mon poulet, il est cuit ! » On frise la faute de goût.

 

IX/ Communication et échanges :

 

            Dans cette rubrique, on trouve les Conseils de quartiers. A Montrouge, ce sont des cahiers de doléance. Une simple séance de questions-réponses sans réel débat entre les participants. Vous voulez un brise-vitesse ? On vous le donne. Vous voulez un feu ? On vous le donne. Votre voisin n’en veut plus un an après ? On le retire. Vous en avez assez de voir passer des corbillards à longueur de journée par ce que votre rue donne sur le cimetière parisien de Bagneux ? On barre la rue ; les morts parisiens ne passerons plus… tant pis si les voisins n’ont plus de place pour se garer. La moitié des habitants d’une rue du sud ouest de la ville veut quelque chose dont l’autre moitié ne veut pas ? On ne fait rien.

            Bilan : On dresse les gens les uns contre les autres et on ne résout rien.

 

            Songez qu’en d’autres lieux, des inconscients, des rêveurs, ont fait participer des lycéens à la constitution du budget de leurs lycées au pays du Chabichou et des huîtres. Songez que juste de l’autre côté du périphérique un utopiste a lancé un grand débat ouvert à tous sur avec quoi on allait boucher le trou des halles, autrement dit rendre son âme à un quartier central de Paris qui l’a perdue le jour où on a démonté les pavillons des Halles. Songez qu’à Berlin, des fous furieux ont confié un budget aux habitants pour refaire leur quartier. Et songez que le pire est que ça marche ! Quand on implique les citoyens, sans rien enlever à la responsabilité des élus les citoyens prennent le projet au sérieux et restent dans les marques qui leurs sont posées au départ et le élus sont pris au sérieux car les citoyens ont une vision précise et transparente de la bonne gestion des projets menés par la ville. Comme je le disais plus haut, cette démocratie participative locale, Jean-Loup Metton ne la fera jamais car sa vision du pouvoir est celle d’un pouvoir solitaire de technocrates faisant le bonheur des gens malgré eux et ne leur demandant leur avis, le véritable, sur sa gestion des affaires de la Ville qu’une fois tous les six ans.

            En parlant de démocratie locale, savez-vous que certaines associations ou certaines antennes d’associations présentes sur la commune sont interdites de Maison des Associations et de Forum des Associations au motif que ce sont des « associations politiques ». La FCPE par exemple n’a pu aller au dernier Forum des Associations alors que la PEEP oui. ATTAC subit le même sort. Et en écrivant ces lignes, je sais que je condamne, si ce n’est déjà fait, le Comité « Montrouge a du Désir » au même sort à moins qu’un Maire ayant un sens réel de la démocratie ne soit élu le 9 ou le 16 mars prochain.

 

X/ Sécurité :

           

            Vous avez remarqué quelque chose ? Jean-Loup Metton ne parle pas de son bilan en cette matière. Lui qui se vantait que Montrouge soit une des villes les plus sûres du département ne le dit plus. Curieux pour un homme de droite non… ? La raison est simple, elle tient en 4 mots : Son bilan est mauvais.

            Au si on prend le nombre d’agressions par 1000 habitants, Montrouge est désormais en 16ème position derrière… Bagneux. La surveillance de certains endroits de la Ville par des caméras appelée du terme politiquement correct de « vidéo-protection », le couvre feu imposé aux jeunes dans la rue, l’expulsion des habitants de HLM possédant des chiens soi disant dangereux (alors que ce sont simplement certains propriétaires qui les rendent tels), la fermeture de tous les cafés à 23h00 n’y a rien fait (et a probablement aggravé les choses). C’est l’échec patent d’une politique 100% répressive et sécuritaire tant par Jean-Loup Metton que par Nicolas Sarkozy alors qu’il était Ministre de l’Intérieur. Montrouge, comme d’autres villes a besoin d’une police proximité et d’une Police Municipale dont les agents seraient plus motivés à rester en poste dans notre ville qu’ils ne le sont actuellement.

            Montrouge a aussi besoin de retrouver un esprit de convivialité qu’elle avait auparavant, le fameux « esprit village ». Un jeune qui a des repères, qui a une place dans la société et qui a des lieux pour s’éclater avec ses copains ne va pas trainer au bas des immeubles où des malfaisants lui vendront de la came ou l’initieront à une certaine forme de délinquance. On ne dit pas à un jeune de 16 ans « Bonne nuit les petits, le marchand de sable est passé, couché 23H00 ». La convivialité, nouer un contrat de confiance avec les jeunes, les impliquer dans la vie de la cité, ça n’empêchera pas des gens extérieurs à la ville de venir braquer une banque ou un magasin mais au moins, ça aura évité à des jeunes Montrougiens qui sont notre futur de plonger. En ayant rencontré quelques uns ces dernières semaines, je crois qu’ils sont prêts à entrer dans la citoyenneté. Il suffisait de venir leur parler, ce que Monsieur Metton n’a jamais fait nous ont t’ils dit.

 

XI/ Fiscalité :

 

            « Par respect pour le contribuable », Jean-Loup Metton nous promet d’augmenter les recettes de la Taxe Professionnelle par l’arrivée de nouvelles entreprises (alors que le lecteur ou auditeur assidu des séances du Conseil Municipal sait bien –surtout s’il relit les trois derniers- que les départs d’Orange et de Schlumberger on laissé comme un gros vide dans la colonne recette du budget communal).

            Cette promesse… comment expliquer… ? J’ai trouvé ! Je laisse donc le mot de la fin à Jean de la Fontaine.

 

La Laitière et le pot au lait

 Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait 
   Bien posé sur un coussinet, 
 Prétendait arriver sans encombre à la ville, 
 Légère et court vêtue, elle allait à grands pas, 
 Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile, 
    Cotillon simple et souliers plats. 
   Notre laitière ainsi troussée 
   Comptait déjà dans sa pensée 
 Tout le prix de son lait, en employait l'argent, 
 Achetait un cent d'oeufs, faisait triple couvée : 
 La chose allait à bien par son soin diligent. 
    « Il m'est, disait-elle, facile 
 D'élever des poulets autour de ma maison : 
   Le renard sera bien habile 
 S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. 
 Le porc à s'engraisser coûtera peu de son ; 
 Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : 
 J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. 
 Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, 
 Vu le prix dont il est, une vache et son veau, 
 Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? » 
 Perrette là-dessus saute aussi, transportée : 
 Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée. 
 La dame de ces biens, quittant d'un oeil marri 
   Sa fortune ainsi répandue, 
   Va s'excuser à son mari, 
   En grand danger d'être battue. 
   Le récit en farce en fut fait ; 
   On l'appela le Pot au lait.  
 Quel esprit ne bat la campagne ? 

Qui ne fait châteaux en Espagne ?

Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,

Autant les sages que les fous ?

Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux :

Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :

Tout le bien du monde est à nous,

Tous les honneurs, toutes les femmes.

Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;

Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi ;

On m'élit roi, mon peuple m'aime ;

Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :

Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

Je suis gros Jean comme devant.

Jean de LA FONTAINE
Fables, Livre VII (1678)

 

 

 

 

 

 

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