Discours de Metz (Partie I)
Bonsoir.
Chers amis, chers amis de Lorraine, mes frères et mes sœurs, je reviens au pays. Merci à Jean-Pierre Masseret, à Michel Dinet, à Jean-Marc d’avoir organisé cette formidable réunion. Bonjour aux mille militants sympathisants, citoyens qui sont dehors et qui n’ont pas pu entrer, et qui ont simplement le son.
Oui, je reviens dans mon pays de Lorraine, et je suis ce soir particulièrement émue. Demain, je serai dans mon village, à Chamagne*, où j’ai passé mon enfance et toute mon adolescence, mon collège à Charmes*, dans ce chef-lieu de canton, Épinal pour le lycée, Nancy pour l’université. Bref, c’est pour cela que je vous appelle mes frères et mes sœurs car, sans vous, sans la Lorraine, je ne serais pas devant vous ce soir.
Je ne serais pas devant vous, parce que j’ai compris très tôt, dans ma famille, où nous étions huit enfants, huit enfants aimés par leurs parents mais où les traditions faisaient que les filles n’étaient pas destinées à aller au-delà d’un certain niveau, et si je suis ici, ce soir, devant vous, c’est grâce à l’école de la République, c’est grâce à mes professeurs du collège de Charmes*. Ce sont eux qui, les premiers, m’ont encouragée à continuer sur la voie de la réussite scolaire. Encore aujourd’hui, je revois leurs visages, ce sont eux qui m’ont le plus marquée.
Et puis les échelons ont été franchis, et jamais, lorsque je vivais mes années de Lorraine, je n’aurais imaginé être aujourd’hui, ce soir, devant vous, me battre avec vous car, ce soir, ici, dans mon pays, en Lorraine, je me bats pour gagner avec vous l’élection présidentielle. Je me bats pour gagner, comme l’a dit Jean-Pierre tout à l’heure, en femme libre et en femme insoumise, et je retiens l’enseignement de l’histoire de la Lorraine, faite de souffrances et de fierté. Je veux saluer ici le rôle des Lorrains, leurs sacrifices dans les conflits mondiaux, leurs efforts pour la reconstruction du pays. Mais je sais que je suis ici sur une terre où la souffrance a frappé des générations d’ouvriers, pour la perte de leur emploi, des conditions de travail très dures que connaissaient les mineurs, les sidérurgistes, ils avaient la fierté du travail, chevillés au corps.
Ici, battait le cœur de la France industrielle, ici, on sait ce que c’est la force du combat syndical et l’importance de la solidarité au sein du monde du travail.
On sait aussi aujourd’hui qu’il y a encore des menaces dans l’automobile, dans la sous-traitance automobile, mais on sait aussi qu’il y a des espoirs, qu’il y a des combats, qu’il y a un travail que font les collectivités territoriales, qu’il y a la position de la Lorraine, région frontalière qui travaille avec le Luxembourg, la Sarre, la Rhénanie, le Palétina*, la Wallonnie au sein de la grande région. Il y a le travail que la gauche fait au sein du Conseil régional, il y a ces batailles au quotidien pour lutter contre les délocalisations, contre les menaces qui subsistent. Il y a l’investissement dans l’innovation, dans la recherche, dans la formation, dans l’égalité des développements des territoires, dans les aides aux familles, dans le développement durable, dans le transport collectif. Et je veux saluer l’arrivée du TGV Est, le 10 juin 2007. C’est François Mitterrand qui avait lancé ce projet, c’est le gouvernement de Lionel Jospin qui en a permis le financement, et ce sont les collectivités territoriales aussi qui ont participé à ce financement.
Alors, à travers cet exemple, qui est à l’image de ce qu’est la France, une France à la fois qui souffre, mais aussi qui espère, une France qui en a assez de la désindustrialisation, et je vous le dis, demain l’État assumera ses responsabilités, demain l’Europe saura lutter, se protéger contre les délocalisations. Demain, la puissance publique sera au corps au corps avec les régions et avec les départements qui se battent tous les jours pour sauver l’emploi et pour inventer les emplois du futur. C’est l’engagement que je prends aujourd’hui devant vous car le combat contre le chômage, contre la vie chère, contre la précarité, contre les inégalités de toutes sortes constituent le cœur du pacte présidentiel que j’ai construit avec vous. Et ce projet présidentiel, il doit gagner le 22 avril prochain, et pour cela, je compte sur vous, sur votre énergie, sur votre volonté d’avancer.
Alors nous sommes aujourd’hui dans la dernière ligne droite, avant cette décision majeure qui doit définir l’avenir de la France que nous voulons, projets contre projets. Nous allons décider ce que nous voulons pour nos enfants, pour nos anciens, pour nos territoires.
J’ai entendu dans cette campagne participative ce que vous m’avez dit, je sais la France que vous voulez, et j’ai vu aussi ce dont vous ne vouliez plus, et ce que la droite propose aujourd’hui de durcir encore.
Alors, puisque nous sommes dans ce combat des projets et des idées dans la dernière ligne droite, je vais vous poser un certain nombre de questions.
D’un côté, celui de la droite, nous avons une méthode faite de brutalités, de fractures, de ruptures : la voulez-vous, cette méthode ? Moi, je vous propose de réformer avec vous la France sans brutalités. Je suis la force sereine d’un changement efficace face à une brutalité agitée du passage en force.
Du côté de la droite, que voit-on ? Une volonté de diviser les Français et de les dresser les uns contre les autres. Est-ce comme cela que vous la voyez la France de demain ? Moi non plus. Et je vous propose tout le contraire, je vous propose de la rassembler.
De son côté, il nous propose la loi du plus fort : la voulez-vous pour la France ? Moi non plus. Et je vous propose la loi du plus juste.
De son côté, il nous propose l’exercice solitaire du pouvoir qui sait tout : le voulez-vous cet exercice solitaire ? Moi non plus. Et je vous propose des réformes concertées : la démocratie participative, la VIe République, des élus qui rendent des comptes et qui accordent à chaque Français le respect auquel chacun a droit.
De son côté, il pense que la croissance passe par la précarisation. Moi, je vous propose la réconciliation entre l’efficacité économique et la protection sociale.
De son côté, il nous propose un avenir où tout s’achète, et moi, je considère que nous avons à construire une France où chacun peut construire son avenir.
De son côté, il nous propose une santé qui recule, avec les franchises médicales : la voulez-vous cette santé à plusieurs vitesses ? Moi non plus. La Sécurité sociale sera consolidée, et la création d’une cinquième branche pour la vieillesse et le handicap viendra rassurer nos anciens et ceux qui souffrent le plus.
De son côté, il y a l’inquiétude, les violences non réglées dans les cités. Moi, je veux rassurer, transmettre, harmoniser, éduquer. Je n’ai pas l’intention de m’occuper de moi-même, je veux, demain, bien m’occuper de vous, avec calme, sérénité, autorité juste et généreuse.
Voilà la France neuve que je vous propose de relever avec vous, voilà la France que nous allons construire ensemble, voilà pourquoi, pour elle, pour la France, nous devons gagner l’élection présidentielle.
Oui, enfin, le débat se clarifie. Il y a bien deux conceptions de la société, deux conceptions de l’avenir, deux formes d’exercice du pouvoir.
Pour la droite sortante, il s’agit de faire comme avant, et même en pire, en plus brutal, en moins efficace, en plus destructeur. Moi, je vous propose le vrai changement dont l’attente n’a jamais été aussi forte, je vous le propose avec des valeurs, avec de nouvelles règles, celles de l’ordre juste.
Ils veulent brutaliser la France en divisant les Français, en les montant les uns contre les autres, on le voit bien. Ils veulent opposer ceux qui ont du travail contre ceux qui n’en ont pas, ceux du secteur public contre ceux du secteur privé, les plus âgés contre les plus jeunes. Moi, je veux avec vous réformer la France en profondeur, en rassemblant tous ses talents, toutes ses énergies, ceux qui vont bien comme ceux qui sont fragilisés.
Ils veulent défendre les privilèges de quelques-uns, le bouclier fiscal pour les plus aisés, la TVA anti sociale pour tous. Moi, je vous propose le progrès pour tous et le respect pour chacun.
Ils veulent détruire notre pacte social à coups de franchises dans les remboursements de la Sécurité sociale et de la privatisation des retraites. Moi, je vous propose de refonder, de rebâtir un pacte social qui rétablisse l’équilibre de nos comptes sociaux et qui garantisse les solidarités.
Ils veulent la loi du plus fort, la loi de l’argent, où l’échec paie lorsqu’on est au sommet, et quand on a droit, comme M. Forgeard, à un parachute doré alors qu’il n’a su ni gérer ni défendre l’emploi, et que ceux qui paient cette incapacité, cette incompétence, ce sont les salariés licenciés, précarisés, humiliés.
Alors, j’en prends l’engagement ici : oui, bien sûr, la loi sera réformée. Oui, bien sûr la transparence des rémunérations des hauts dirigeants sera imposée. Oui, bien sûr, les syndicats de salariés siégeront au conseil d’administration des entreprises. Oui, bien sûr, il faudra réglementer les stock-options, et s’il y avait un peu de morale, mais peut-on parler de morale quand on constate un tel comportement, alors que l’État est actionnaire, c’est donc qu’il a donné son accord à ce qu’un dirigeant incompétent parte avec la caisse.
Alors, je vous le demande, et l’actuel candidat de l’UMP était membre de ce gouvernement quand cet accord a été donné, alors la question qui se pose : oui ou non, faut-il qu’il rende cet argent aux salariés ? Oui, il faut rendre l’argent, car, quand il y a des comportements aussi insupportables, aussi provocateurs, alors c’est la paix sociale qui est menacée. Alors on comprend que la colère gronde, alors on exige de la politique qu’elle rende des comptes et qu’elle puisse établir des règles, des droits et des devoirs qui soient les mêmes pour tous et qui ne soient pas différents pour les puissants et pour les plus modestes.
Voilà la République que je vous propose pour demain : la République du respect, la République des mêmes droits et des mêmes devoirs.
Puis, ils nous annoncent une école, livrée à la concurrence et au marché, une école qui reproduit et accentue les inégalités de départ. Je veux une école qui tienne la promesse d’égalité de la République et qui ait les moyens d’accomplir sa mission.
Ils ne comprennent pas que les inégalités injurieuses minent la valeur du travail. Moi, je veux consolider la valeur travail en accompagnant efficacement ceux qui entreprennent, ceux qui garantissent à chaque jeune le droit à un premier emploi en permettant à chaque salarié de vivre dignement du fruit de son labeur.
Je veux une France de l’égalité de traitement, où la justice n’est pas à géométrie variable. Je veux, oui, une République du respect où les lois soient les mêmes pour tous et s’appliquent à tous.
Et comme ils ne reculent devant rien pour se droitiser, et comme avec eux, tout est possible, même le pire, les voilà maintenant qui promettent de traquer le gène de la délinquance chez les moins de trois ans et qui imputent à la fatalité biologique le suicide d’adolescents dont on n’a pas su tout simplement entendre la souffrance à temps. Moi, je veux une France où aucun jeune n’est condamné d’avance, où celui qui dérape a droit à une nouvelle chance, où l’on renforce, à l’école, la présence des infirmières scolaires, des psychologues scolaires, des médecins scolaires, pour pouvoir détecter à temps et redonner de l’éducation aux jeunes qui sont en état de désespérance.
Oui, ils veulent une France fragmentée en mémoire concurrence et en communautés rivales. Moi, je tiens à la France républicaine, laïque, respectueuse de chacun et fière de sa diversité.
De leur côté, ils déstabilisent…
« On va gagner ! »
Moi, je veux des familles sécurisées, sécurisées par l’emploi, par les services publics, par le logement, à même d’exercer pleinement leur autorité parentale, et pas des familles précarisées et désignées comme démissionnaires dès qu’elles ont des difficultés.
Ils sèment la peur, la méfiance, antichambre de la haine. Moi, je veux une France de la paix civile, une France qui reprend confiance en elle, et qui, parce qu’elle est assurée d’elle-même, regarde le monde sans panique et essaie d’y faire entendre sa voix. Voilà la France que nous allons bâtir ensemble.
Ils sont la brutalité inefficace, fauteuse de désordre et d’insécurité sociale et publique. Je vous propose que nous soyons ensemble la force efficace, sereine, déterminée, qui remettra la France sur le chemin de la réussite.
Et pour cela…
« Ségo, elle va gagner ! »
Vous êtes serrés, là ! Vous avez chaud !
Et pour cela, je suis prête, solide, décidée, décidée à agir vite, car la France a déjà perdu trop de temps, et parce que les Français s’exaspèrent d’un changement qui ne vient pas ou qui prépare le pire. Les Français ont peur d’un avenir où tout devient possible, même le pire.
Je vous propose une France réconciliée, apaisée, en marche, forte parce que juste, une France qui va donner à chacun un vrai désir d’avenir et la capacité de réaliser cet avenir.
« On va gagner ! »
C’est pourquoi je vous propose de bâtir ensemble la France présidente. C’est une promesse solennelle, c’est ma façon de vous dire : avec moi, la politique ne se fera plus jamais sans vous.
Je vous ai écoutés, j’ai sillonné la France. Je suis ici avec vous, et je le redis aujourd’hui avec toute ma forte et toute ma ferveur, il y a une façon dépassée de gouverner la France, et cette façon ne marche plus. La campagne participative que j’ai voulue et à laquelle vous êtes si nombreux à avoir répondu préfigure la façon dont demain je présiderai avec les Français. C’est nécessaire pour agir juste, c’est évident pour instaurer, pour mettre fin à tout... Gardez de l’énergie pour la campagne !
La France présidente, c’est la clé de l’efficacité des politiques publiques.
La France présidente, c’est la politique élaborée, évaluée, corrigée au besoin avec celles et ceux auxquels elle est destinée, c’est-à-dire vous, les citoyens.
La France présidente, c’est ma façon de vous dire combien j’ai besoin de vous, de vos intelligences, de vos exigences, de vos générosités, combien je compte sur vous pour construire une France qui se ressemble et se rassemble. Oui, j’ai besoin de chacun et chacune d’entre vous pour remettre la France présidente en mouvement.
La France présidente, c’est… Gardez de l’énergie, sinon, nous allons être ensemble jusqu’à minuit, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cela dit, si je ne peux pas parler, nous pouvons nous regarder, c’est aussi très agréable car je sens votre affection, votre énergie, votre enthousiasme, votre envie de gagner, votre désir de victoire, et moi aussi, je l’ai, ce désir de victoire.
La France présidente, c’est la force de l’action.
La France présidente…
« Ségo, Ségo ! »
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